
Au Festival de Pâques, les générations de musiciens se suivent et se ressemblent, par le talent bien sûr, mais surtout par un goût prononcé de l’exploration musicale. Et des ensembles s’y essayent et s’y créent, tel Le Cercle de l’Harmonie.
D’avril à août, une centaine d’œuvres sont mises en chantier, dont soixante-dix seront finalement données en concert.
C’était bien là l’idée des jeunes fondateurs de 1996 – Renaud Capuçon, Jérôme Ducros, Jérôme Pernoo, Nicholas Angelich – que d’entreprendre, avec une vingtaine de leurs jeunes contemporains ce long voyage au cœur de la musique instrumentale, de Bach à Messiaen, et dans toutes les combinaisons possibles jusqu’à l’orchestre de chambre.
Toutes celles et tous ceux qui succédèrent à la génération Capuçon eurent le même goût pour une chasse aux trésors qui leur permit de regarder autrement la poignée de chefs-d’œuvre ressassés depuis leur enfance.
Bien sûr l’audace pour les plus jeunes – Adam Laloum, David Kadouch, Victor Julien-Laferrière, Yan Levionnois, Amaury Coeytaux, le quatuor Ardeo – consistera toujours à tenter de rééditer l’exploit de la génération fondatrice, dont les premiers Schubert, Schumann et Brahms frappèrent tant les esprits par leur fraîcheur et leur profondeur. Ils en ont sans conteste la foi et les moyens.
La génération qui les précéda à Deauville – celle du quatuor Ebène, des Bertrand Chamayou, Jonas Vitaud, Matthew Trusler, Antoine Tamestit, Lise Berthaud, Philippe Jaroussky, Julien Chauvin et Jérémie Rhorer – fit montre de la même intelligence musicale que celle de ses jeunes aînés en y ajoutant – et avec quelle réussite – le grand répertoire classique sur instruments anciens, et pour les œuvres marquantes de la première moitié du 20ème siècle, des ensembles vocaux et à vent tout aussi ambitieux et talentueux.
L’exemple du Cercle de l’Harmonie n’est sans doute pas pour rien dans l’actuelle vocation des ensembles Initium (vents), Aquilon (musique vocale ancienne) et Aedes (musique vocale romantique et contemporaine, bientôt au festival) à se structurer professionnellement afin d’entreprendre un travail de fond vraiment utile à leur vie et au milieu musical.
Nous les y aidons toute l’année grâce à l’accueil de la Fondation Singer-Polignac, si largement ouverte à tous les projets musicaux complexes et nouveaux.
Les programmes riches de découvertes imaginés cette année pour leurs jeunes collègues par Renaud Capuçon, Jérôme Ducros, Jérôme Pernoo, Bertrand Chamayou et Jérémie Rhorer, ne sont sans doute possibles qu’à Deauville où le talent et la curiosité du public se sont formés depuis treize ans en même temps que les leurs. Engager leur jeune notoriété au service d’œuvres aussi injustement délaissées (les « chocs » Caplet, Lekeu, Chausson ; Reger, Pfitzner, Brahms ; et l’extraordinaire « patchwork » haydnien du Cercle de l’Harmonie valent vraiment le détour) est vraiment digne en tous points de leur rêve fondateur de 1996.
Ainsi de ces programmes exemplaires, mais aussi de tous les autres qui recèlent chacun une ou deux raretés brillantes ou savoureuses, confrontées à des chefs-d’œuvre reconnus.
C’est d’un seul cœur que trois générations de musiciens et d’amis ouvriront ce 13ème Festival de Pâques par La Jeune fille et la Mort de Schubert, amplifié avec dévotion et discrétion par Mahler aux dimensions de l’orchestre de chambre.
Le Festival de Pâques – et son anti-chambre joyeuse et studieuse d’août – est toujours une affaire de cœur pour toutes celles et ceux qui, année après année, s’emploient à lui conserver sa chaleur et son charme de maison commune ; où chacun laisse son pedigree à la porte pour lire, jouer ou écouter avec ferveur et entre amis toujours plus de musique.
Bon festival et à bientôt,
Yves Petit de Voize
Samedi 11 avril, 20h
Dimanche 12 avril, 20h
Lundi 13 avril, 16h30
Vendredi 17 avril, 20h
Samedi 18 avril, 20h
Dimanche 19 avril, 16h30